mardi 25 décembre 2007

A lire avant l'Euro 2008...

Moins connue que celle qui fit gagner le XV de France, voici la fameuse lettre de "Guy Hoquet"

"Ma petite agence chérie,
mon tout petit capital adoré,
mon petit patrimoine aimé,


Je vais sous-louer ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite agence, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu acheter. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma location serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !
J'espère que toutes mes actions te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui, je l'escompte, sera fier de les faire fructifier un jour. A toi petit patrimoine, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite agence, bien des dettes, je te salue une dernière fois.
Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre ce partenariat, reconnaissance de nos potentialités de développement et de notre savoir-faire, que tu m'as tracé.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon réseau que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un franchiseur immobilier national certifié iso 9001 pour son système de management de la qualité dans sa relation franchiseur/franchisés.
17 ans et demi, mon bail a été court, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous faire fusionner tous. Je vais sous-louer avec Tintin et Milou. Agence, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta dette.
Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi agence, geste locative, patrimoine, je vous embrasse de tout mon cœur de franchiseur immobilier national certifié iso 9001 pour son système de management de la qualité dans sa relation franchiseur/franchisés. Courage !

Votre Guy qui vous aime"



Un bien beau message d'espoir en ce jour de noël

mardi 11 décembre 2007

Celui qui fait baisser les loyers

Par Didier Pierre

Jeudi 29 novembre, notre leader incontesté, chef bien-aimé de millions d’âmes prêtes à le suivre sans condition, nous a fait l’immense plaisir d’une interview télévisée. Avec le style simple et proche des gens qu’on lui connaît, il a détaillé les nouvelles mesures qu’il compte prendre dans sa grande sagesse pour améliorer le sort quotidien de ceux dont il a la charge. Ainsi, dorénavant, les loyers seront moins élevés, grâce à leur indexation sur le coût de la vie et non plus sur le coût de la construction. Grâce à cette réforme généreuse, les locataires seront désormais à l’abri du besoin. Dès le lendemain, toute la presse s’est fait l’écho de ce changement majeur et les médias les plus sérieux, dont la fameuse chaîne d’information LCI, ont utilisé des tableaux très parlants pour expliquer les avantages concrets de cette nouvelle indexation.

Il serait donc parfaitement absurde de prêter l’oreille aux quelques voix défaitistes et anti-patriotiques qui osent affirmer que ce changement est effectif depuis 2005 et qu’il n’y a donc pas de réforme. Le vrai peuple n’a que faire de ces voix discordantes et il compte sur la presse reconnue pour lui fournir les informations dont il a besoin et l’accompagner dans son grand élan vers la croissance, sous l’impulsion de notre Président vénéré.


Vive Nicolas Sarkozy, vive la France !

dimanche 25 novembre 2007

"yeah ok" blind test N°1, les résultats...

Enormément de participation pour ce "yeah ok" BT, 1er du nom, mais un petit peu trop de défections de dernière minute, et de dubitativité sur le fameux "concept général" qu'il fallait trouver...

Concernant le classement, du prévisible avec la 1ère place du Chevreuil, et de la déception avec Kill Me Sarah et Dragibus qui ne trouvent même pas le pourquoi du parce que de ce blind test, d'où déception, moquerie, conspuation sur 10 générations. On remarquera les très bons scores des outsiders de The Limbes et de la doublette, cette dernière se payant même le luxe de découvrir le concept 1 heure avant la clôture des votes. Chapeau aussi à Fabien pour sa participation gentille mais un peu trop "non, mais de toute façon, vous êtes trop forts", alors qu'avec un minimum de travail, il aurait sûrement mis leur race à beaucoup de ses collègues...

un point complet (en dessous de 15 pts, les noms n'ont pas été révélé par respect pour leur dignité)

1) Le Chevreuil : 38 pts
Fier, beau, noble, il éradique tout sur son passage, et explose totalement la concurrence en réalisant le triplé : "concept général" + particularité + intrus. Tout simplement exceptionnel...

2) la "doublette" des 2 "P" : 30 pts
Quelques réponses en début de semaine, puis une accélération monstrueuse dans le sprint final pour finalement trouver les bonus, mais malheureusement pas l'intrus...

3) The Limbes : 27 pts
Implacable comme à son habitude, et se payant même le luxe de trouver dès le 1er jour le "concept". Une 3ème place en forme de victoire.


4) Kill Me Sarah : 23 pts
5) Dragibus : 23 pts
6) Matthieu P : 18 pts
7) Fabien : 16 pts

Les réponses ??? C'EST ICI QUE CA SE PASSE !!!!!!!!!!!

lundi 19 novembre 2007

"Yeah Ok", le blind test d'une nouvelle génération

Souhaitant se lancer dans le marché (porteur) du blind test, DDLM vous propose un défi à la hauteur de vos espérances de jeune premier de la musique : le "yeah ok" blind test, 7 minutes de zouze bien fraîche, 16 groupes qui ont fait (ou pas du tout) l'Histoire, juste appuyez sur "play"



Les règles sont simples :
- 40 pts à gagner
- 16 artistes/groupes à trouver, 16 chansons (1 pts chacun)
- 2 pts si vous trouvez le "concept général" du blindtest
- 2 pts si vous trouvez la petite particularité supplémentaire dans le choix des chansons
- 4 pts si vous trouvez l'intrus dans la liste

Envoyez-nous vos réponses avant dimanche 25 novembre, 20h à : diredelamerde@gmail.com


Conseils généraux(reux?) pour les plus nuls d'entre vous:

- en cas de non-connaissance manifeste du morceau, google est votre ami (surtout si vous touchez un peu à l'anglais)

- en cas de découverte du concept général (assez évident) du blind test, vous restreindrez d'autant votre champ de recherche (et croyez moi, ça aide)

- il y a peu de pièges, et il se peut que votre 1ère idée soit la bonne

- la plupart des extraits sont "cadeaux" pour peu que vous soyiez pas trop inculte en "wok n woll" (d'ailleurs, les prochains blind test seront moins orientés rock)

------------ LES INDICES.....................
- la période couverte est diabolique, à savoir: 1966-2006 (666....)

- 90% de ces groupes sont très connus, et ont vendu plusieurs millions d'albums

- 0 pts vous seront attribué si vous trouvez le jingle de transition des extraits (donc pas besoin de vous faire chier)

- en plus d'être une réponse très courante, l'un des groupes est reconnu comme étant "très chiant" pour le musicologue de base

- le site ne cautionne pas la plupart des groupes présents dans le blind test

- vous êtes dispensé de donner le titre exact de 2 des chansons (je vous dis pas lesquelles, démerdez vous), il nous faudra par contre le nom de l'album

- l'un des artistes/groupes a un lien fort avec Chantal Goya

- il n'y a aucune reprise, remix ou autre bootleg

- 2 titres à trouver ont le même nom que deux autres chansons très connues de groupes très connus (mais dans des styles très différents)

- D'après mes recherches, on peut même dire qu'il y en a quatre (mais avec des groupes légèrement moins connus)

- 2 chansons portent un numéro

- la plupart des groupes sont encore en activité, et des fois, on se demande pourquoi...

- En fait, y a que 3 groupes/artistes qui n'ont aucune chance de faire un come-back

- Toutes les chansons sont en anglais, sauf une dont la langue n'est pas trop disponible sur google

- Il n'y a que 3 chansons du 21ème siècle

- 8 sont antérieures à la mort de Ian Curtis (et à celle de Valery Giscard D'Estaing)

- il y a une parenté indéniable entre les artistes 7 et 9 (malgré quelques décennies d'écart)

- l'un des groupes "chiants" a sorti un album qui porte à peu près le même nom que celui dont est issu le titre de l'un des groupes (pas chiant) du blind test

- "l'intrus" est tout simplement celui qui ne répond pas au "concept général". Pourtant, il aurait pu en faire partie (cette dernière phrase est anecdotique, et n'est qu'une précision historique que seuls les gens qui se sont penchés sur la question savent...)

- l'indice: très peu d'artistes/groupes auraient pu prétendre à figurer dans ce blindtest, et ce, pour des raisons qui ne tiennent ni à l'artiste, ni à la chanson... Le concept général est intégralement lié à la donnée manquante. Un conseil: prenez du recul, ayez une vue "d'ensemble"...(non, n'insistez pas, je ne dirai rien)

mardi 30 octobre 2007

"Court mais rapide" : Dévaluation économique et sodomie

Ce lundi 29 octobre, l'Euro a établi un nouveau record à 1,4426 dollar, un niveau jamais atteint depuis sa création en 1999. Cette dépréciation du dollar, semble-t-il due à la faible croissance américaine, est un nouveau coup dur pour ce pays qui n'avait vraiment pas besoin de cela.

Conséquence directe, et première victime, l'artiste américain "50 cent" se négocierait désormais sur les places mondiales à 0,3466 euros.

Atterrant.

"Court mais rapide" : Ping pong corruption

Selon le très sérieux site web de l'Equipe, le tennisman Arnaud Clément aurait été approché dans une affaire de matches truqués. Lors de la conférence de presse qui a suivi sa défaite du 1er tour face à Mikhail Youzhny (6-3, 6-4), Arnaud Clément a reconnu qu'on lui avait déjà proposé de l'argent pour gagner un match. «Cela m'est arrivé, je ne dirai pas où et dans quelles circonstances. J'ai trouvé cela très grave. Cela fait dix ans que je joue au tennis, cela m'est arrivé une fois. (...) Ce qui est très grave, c'est la démarche. J'espère qu'aucun joueur n'a accepté ce genre de choses.»

Le joueur, très énervé, ne comprenant pas que des intermédiaires puissent demander à des joueurs de gagner des matchs rajoute : «Il faut réagir très vite et mettre tous les moyens en œuvre. S'il y a des preuves qu'un joueur a gagné un match, les sanctions doivent être très violentes, il faut aller jusqu'à exclure ce joueur du circuit à vie. Il n'y a rien de plus grave pour notre sport.»

Et Arnaud Clément y a répondu de la meilleure des manières en perdant dès le 1er tour ces 6 derniers tournois, mettant ainsi fin aux doutes et interrogations qui aurait pu le concerner. Mais quid des autres joueurs ? Le milieu du tennis n'avait vraiment pas besoin d'une telle affaire. En tout cas, merci à toi, Arnaud !! Le sport français sait que la corruption ne passera pas par toi...

vendredi 19 octobre 2007

"Court mais rapide" : une leçon de Fair-Play

Consciente de sa supériorité, et souhaitant donner un signal fort aux instances internationales du rugby, et plus particulièrement aux nations de l'hémisphère Sud, la France a laissé gagner l'Argentine 34 à 10, ce soir, au Parc des Princes.

Durant un match pour la 3ème place festif et bon enfant, l'équipe de France a fait preuve de superbe et de magnanimitude face à de faibles argentins, le match étant gagné d'avance. On peut imaginer l'immense déception des Pumas au moment du coup de sifflet final, ceux-ci devant se contenter des miettes, à savoir une médaille de bronze en chocolat. Pour leur part, les français finissent leur Coupe du Monde sur une bonne note, une de plus...

Merci les bleus !

mercredi 17 octobre 2007

"Court mais rapide" : les joies d'internet (I)

Je voudrais m’insurger contre ces petits plaisantins qui s’amusent à faire circuler des fakes sur les serveurs de peer to peer !! L’autre jour, je télécharge mon petit porno habituel… Quelques heures plus tard, j’ouvre le fichier, et en fait, je découvre qu'un pervers avait mis à la place le film « Un ticket pour l’espace ». Vous imaginez la gueule de ma femme si elle était tombée dessus ???

Navrant.

dimanche 14 octobre 2007

« La faute à pas de chance », quand l’analyse tactique ne suffit plus...


Benoît n’était pas censé être là hier soir. Pauline m’a prévenu à la dernière minute : « Désolé, mais je suis tombé sur lui à Bastille cet aprèm, j’étais obligé de lui proposer ». Mais bordel de merde !! Pas pour une demi-finale de Coupe du Monde de Rugby face aux anglais !!

Benoît est le prototype du casse-couilles dilettante, le copain surréaliste capable du pire comme du moins pire. Le type dont on ne cesse en son absence de vanter les mérites, mais dont la seule présence suffit à la consternation générale.

J’ai rencontré Benoît en 4ème, il venait de déménager d’on ne sait plus où (passons). Il était le seul de mes amis à ne pas savoir que l’OM venait de remporter quelques mois plus tôt la Coupe d’Europe contre le grand Milan AC des Maldini, Van Basten, Baresi, des noms qui évoquaient tellement pour nous, mais aussi peu qu’un joueur de squash de troisième zone pour notre pauvre compagnon.

D’aussi loin que je me souvienne, sa passion débordante pour le foot commença le 13 octobre 1993, lors d’une soirée « bière & chips » passée devant le match face à Israël. Un mois après, c’était pratiquement officiel, Benoît venait, sans le savoir, de réaliser son premier doublé. Sa passion pour ce nouveau sport demeura intacte en même temps que la descente aux enfers de la France se poursuivait. Son point d’orgue fut incontestablement l’Euro anglais de 1996, un modèle de football champagne. Le penalty raté de Pedros était la coïncidence de trop. Ce n’était alors plus un secret pour personne, Benoît était devenu en l’espace de quelques années un acteur majeur du sport français. Leurs destins seraient dorénavant liés à tout jamais.

Fort de lointaines origines italiennes, Benoît décida benoîtement (si je puis dire) de soutenir, dans l’indifférence générale, la « nazionale », lors de la Coupe du Monde 1998. On pourra lui reprocher beaucoup de choses, mais pas d’être de nature infidèle, c’est ainsi qu’il récidiva lors de l’Euro 2000, bien qu’il ne put voir la demi-finale face aux Pays-bas, la faute à un sabotage de l’antenne télé par des indépendantistes savoyards.

Devant la pression exercée par sa communauté estudiantine, il vira de bord. 2002 fut alors placée sous le signe de l’équipe de France. Et c’est avec une fierté, empreinte d’une pointe de moquerie, que nous emmenâmes Benoît à l’écran géant voir ce qui devenait alors « son » France-Sénégal. Pourtant les premières polémiques survinrent lors de la rencontre face à l’Uruguay lorsque notre camarade, retardé par un embouteillage, surgit juste au moment de l’expulsion de Henry. Les « mais d’où y débarque, lui ? » et autres remontrances firent place à la calomnie, au doute, et deux ans plus tard, dès le coup de sifflet final de France-Grèce, un début de chasse aux sorcières s’orchestra.

Ils ne furent pas nombreux ceux qui tentèrent de le ramener à la raison : « Pour moi, le foot, c’est fini ! » sonnait comme définitif, irrévocable. Il avait trop donné, on lui avait trop peu rendu. C’est ainsi que Benoît se tint à distance respectable du parcours français en Coupe du Monde 2006, on ne l’y prendrait plus. Pourtant, à mesure que les tours passaient, que les victoires s’enchaînaient, l’élan collectif emportait tout sur son passage. Son grand retour était en marche, il l’aurait sa revanche. C’est à Berlin, contre son Italie éternelle reniée pour toujours, que l’Histoire lui donnerait enfin raison.

Sinon, on ne peut pas vraiment lui tenir rigueur que la demi-finale France-Angleterre de 2003 fut le premier match de rugby qu’il vit de son existence, Michalak était bien présent sur le terrain, les torts étaient donc plus que partagés. C’est néanmoins avec une légère d’appréhension que nous laissâmes Benoît se joindre à nous pour le match d’ouverture de la Coupe du Monde de Rugby : « Contre l’Argentine, c’est IN-RA-TABLE » ne cessait-il de répéter.

Perdu de vue les semaines suivantes, je n’eus seulement droit qu’à un e-mail avant les quarts : « Ca donne quoi les matchs ?? J’ai pas pu les mater, je finis tous les jours à 23h », qui fleurait bon les lendemains qui chantent. Et là, le drame. Alors qu’il tournait pourtant bien, Benoît avait décidé de réintégrer l’effectif à l’occasion des matchs couperets. L’essai néo-zélandais en début de partie sonnait le glas, c’en était terminé. Mais contre toute attente, notre coéquipier sonna la révolte par un coup de génie tactique qui lui avait toujours manqué dans les moments cruciaux, décidant subitement de partir au Mc Do en plein milieu de la 2ème période. Ce moment de folie allait renverser pour toujours le destin d’un XV de France déjà perdant, auquel seul un individu opiniâtre, prêt à laver les affronts du passé, avait cru jusqu’au bout.

L’exploit allait-il donc être réitéré face à l’Angleterre ? J’en doutais, trop conservateur dans mes choix tactiques, peu disposé à admettre qu’on pouvait piéger deux fois d’affilée nos adversaires, cependant sa côte de crédibilité était au plus haut, et bénéficiant d’un retour en grâce légitime, les dés étaient jetés . Ce soir, Benoît serait titulaire en demi-finale. Sa mission était claire : amener les boissons et quelques paquets de chips.

Moins de 24 heures après, l’amertume de la défaite coule toujours dans ma gorge, malgré cela je reste lucide. Le sport reste ainsi fait, les grandes victoires découlant des grandes défaites, et inversement. Et puis, il faut raison garder, ce n’était que du sport après tout.

En effet, pour Benoît, spectateur régulier et enthousiaste de l’événement, le summum fut indubitablement atteint les 22 avril et 6 mai dernier lors des soirées électorales des élections Présidentielles…

mercredi 10 octobre 2007

Les mondes bientôt engloutis du tabac

Par Jehan Luke Stefan, sociologue

Introduction : un appel désespéré

« 90 jours pour arrêter », c’est le titre de la une du Parisien du 2 octobre 2007. S’ensuit un dossier complet sur la nouvelle loi entrant en vigueur le 1er janvier prochain qui interdit de fumer dans tous les lieux publics, y compris les bars et discothèques. Dans ce dossier, quelques articles courageux donnent la parole aux débitants de tabacs et aux fumeurs eux-mêmes, qui font part de leur désarroi face à cette interdiction. Poignant.

La fin d’un monde

Au-delà de l’histoire individuelle, ce qui touche le plus dans ces récits, c’est cette volonté désespérée de retenir les derniers lambeaux d’une culture sur le déclin, menacée à brève échéance par l’avancée inexorable de la modernité. En effet, que peuvent les incantations maladroites de ces sortes de derniers mohicans du tabac face aux valeurs aujourd’hui dominantes de santé et de respect de l’individu ? Toutes ces notions issues de la pensée occidentale contemporaine sont en effet étrangères au mode de pensée de ces populations antiques.

Ainsi, conscients du fait qu’ils risquent d’être ravalés au rang de curiosité, de survivants d’un monde bientôt disparus, ils en sont réduits à invoquer sur le mode de la superstition des rituels maintenant vides de sens, comme par exemple le fait de devoir nécessairement allumer une cigarette lorsqu’on boit un café. Ce genre d’obligation peut étonner, voire amuser l’homme moderne. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une des dernières traces d’une civilisation sur le déclin.

C’est pourquoi il importe dès maintenant d’étudier de manière approfondie les fumeurs en tant que groupe humain, afin de pouvoir sauvegarder, dans l’intérêt de l’histoire et des sciences sociales, le maximum d’informations sur leurs comportements pour le moins originaux. Nous essayerons d’évoquer ici quelques pistes.

Rituels magiques

Commençons tout d’abord par la première cigarette. Rite d’initiation célébrant le passage de l’enfance à l’adolescence, elle intervient le plus souvent lors de l’entrée au Collège. Frisson de l’interdit, nécessité de s’intégrer parmi ses pairs, la première cigarette est donc pour le jeune fumeur un signe de distanciation par rapport à la cellule familiale protectrice et de recherche d’un groupe social composé d’égaux.

Plus tard, au lycée, fumer est une pratique commune, évidente, nécessaire. Une imbrication complexe de rites, de codes et de pratique se crée au fur et à mesure des années pour former une véritable culture. Au centre de cette culture, le tabac comme ressource-centre. Et en fonction des capacités d’accès à cette ressource-centre, des rôles sociaux différenciés se mettent en place. Des groupes de solidarité se forment, en partie liés par le partage quotidien et renouvelé de la ressource. Le fait d’en disposer de grande quantité, du fait de ressources financières plus importantes, est évidemment un signe de distinction sociale. A l’inverse, certains sujets, chroniquement exclus de l’accès à la ressource, errent de groupe en groupe dans l’espoir d’obtenir une quantité minimale de tabac. De fait, ils se classent à un échelon inférieur sur l’échelle sociale.

Mais le tabac est également un moyen de communication entre groupes, souvent de sexes opposé. Ce qui frappe, c’est le côté rituel du don de cigarette, qui n’est pas nécessairement suivi d’un retour exactement équivalent. Cela évoque les cultures du potlach des indiens d’Amérique ou de la kula des mélanésiens.

Dans la suite de la vie, le tabac se détache de l’idée d’un groupe restreint et devient à la fois plus individualiste et plus collectif. Fumer devient une pratique quotidienne dont le sens premier est souvent oublié. C’est la raison pour laquelle de nombreux fumeurs déclarent souhaiter s’arrêter après leur entrée dans la vie active. Néanmoins, les aspects mythiques, quasi-magiques, du tabac sont souvent réactivés par intervalles, notamment lors de nouvelles rencontres ou d’événements particulièrement stressants. Le tabac recrée un langage artificiel, un semblant de communauté ou bien encore permet un retour sur soi temporaire, à l’aide d’un élément matériel extérieur. En cela, il rappelle la pratique du totem, qui dans les croyances primitives sert à la fois d’ affirmation de l’identité du groupe et de support aux pratiques spirituelles.

Conclusion : une archéologie du contemporain

C’est donc tout un monde de croyances et de rites qui disparaît sous nos yeux et le devoir de tout chercheur est donc de tenter d’en sauver les ultimes traces. Cela est essentiel pour que les générations futures n’oublient pas par quels chemins hasardeux une humanité encore embrumée à dû passer pour trouver la lumière de la raison.