dimanche 22 juin 2008
Estelle et la Croatie seuls face à leur destin
une lueur de plus dans la grisaille d'un soir de défaite ?
mercredi 18 juin 2008
Le bouc hémisphère
1) "Raymond Domenech n'a jamais rien gagné" : on entend régulièrement cette phrase, bon mot de journaliste qui n'y connaît rien, sentence définitive pour tout détracteur du personnage. Pourtant, Van Basten n'a jamais rien gagné non plus, non ? Combien de sélectionneurs peuvent se targuer avoir "gagné" un Euro, une coupe du Monde, une Copa America ?? Peu, très peu... Raymond a pour lui une finale de Coupe du Monde : Lemerre, Houllier, Michel, Hidalgo ne peuvent pas en dire autant.
2) "Domenech est un intello démago, théatreux et gauchiste" : tout est dit, ce genre d'affirmation permettant au moins de distinguer le journaliste de droite du journaliste.
3) "Domenech n'a pas été foutu de virer les vieux" : après une première tabula rasa, il a dû se rendre à l'évidence qu'on ne pouvait pas faire du jeu en France sans les anciens, d'où retournage de veste, rappelage de la vieille garde. Ne voulant pas reperdre encore un an, il était alors logique que les Thuram et Makélélé (très bon) soient conservés.
4) "Niveau communication, c'est du n'importe quoi" : beaucoup ont (déjà) oublié Aimé Jacquet, Roger Lemerre, et l'oculo-monolithique Santini. Domenech a pour lui son duel à mort face aux médias italiens. Duel d'autant plus légitime que ces derniers nous ont volé la dernière coupe du monde sur un hold-up flagrant que notre héros national n'aura de cesse de dénoncer.
Deuxio, Mexès, malgré ses très grandes qualités, est un défenseur "agressif" qui commet beaucoup de fautes, provoque beaucoup de pénaltys, et reçoit beaucoup de cartons rouges. Difficile alors de lui faire entièrement confiance durant toute une compétition.
Tercio, Mexès a régulièrement eu des paroles "anti-françaises" dans les médias italiens, revenant sur le fait qu'il n'aimait pas le sélectionneur, que l'équipe d'Italie était meilleure, et que la France allait perdre, comme s'il ne souhaitait que ça. En hussard du 4-5-1 gaulois, Raymond n'avait comme autre choix que de bannir le malheureux, coupable de haute trahison.
Quatro, ce que l'on sait (ou que certains disent) à propos de Philippe Mexès est une raison suffisante pour ne pas le prendre dans le groupe... Demandez aux journalistes et aux membres de l'équipe de France de vous en dire plus sur le sujet, le site n'y reviendra pas, ce n'est plus l'objet du débat.
6) "Giuly et Pirès ?? Ils sentent mauvais ??" : tout le monde a ses têtes. Vous, moi, le Pape. Même François Mitterrand avait les siennes (pourtant, on aurait pas cru). Raymond Domenech a cru bon de blacklister ces deux joueurs, libre à lui, c'est le sélectionneur. D'autres avant eux y ont eu droit, cela n'a pas empêché l'équipe de France de gagner certains titres ou de faire de bonnes compétitions, sans qu'on ait eu besoin d'aborder de façon diffamante la sexualité d'un tel ou d'un tel pour justifier une non-sélection.
7) "La demande en mariage, là, c'était le pompon, on a jamais atteint un tel niveau d'indécence" : non mais faut se calmer, hein !! Le football, c'est sympa, mais c'est pas l'avenir de la France qui est en jeu !! Prenant le contrepied total de Bill Shankly, Raymond fait sien le "All you need is love" des Beatles, et remet les choses à leur place de la plus belle des manières, à chaud, lors d'une gifle qui met pratiquement fin à sa carrière chez les Bleus. J'ai personnellement trouvé ses mots formidables, j'ai été sincèrement ému et touché par tant de fragilité, et je pense ne pas avoir été le seul (n'en déplaise à Jean-Michel "à droite ! à droite !" Larqué)
8) "le coup de garder Vieira alors qu'on sait qu'il est blessé, c'est pitoyable" : véritable leader de la nouvelle ancienne génération (celle des jeunes de 98), son impact moral sur le groupe était tel que le staff se trouvait dans l'obligation de l'amener dans les bagages. Sachant que Flamini n'aurait jamais joué une minute, il devenait alors normal de garder un Vieira même blessé mortellement, afin d'insuffler énergie et espoir au reste du groupe, et éventuellement pouvoir le faire rentrer en demi-finale.
10) "S'il ne part pas de lui-même, cela montrera bien la perversité et le manque d'honneur du personnage" : soyons sérieux, à l'heure où les salaires du football bling bling explosent le plafond, à l'heure du tout libéral, du tout mercantile, il me semble normal que le représentant footbalistique de la nation française soit suffisamment rémunéré et protégé contractuellement pour ne pas se retrouver dans le besoin du jour au lendemain. La prolongation jusqu'en 2010 était logique suite au fantastique parcours lors du dernier Mondial. Un licenciement sans indemnité (donc "pour faute") ou une démission de sa part (sûrement suite à des pressions politiques) me paraitrait choquant et injustifié, mais servirait au moins à prouver le peu de cas qu'on fait d'un technicien généreux et intègre, dont la seule faute aura été d'avoir été un peu trop "humain" et réaliste face à la situation désespérée de son équipe.
Merci Raymond !! Et rendez-vous avec toi le 9 juillet 2010 !!
dimanche 15 juin 2008
Optimisme de rigueur et certitudes de bon aloi
La France ira en quart de finale (voir mon post précédent "la stratégie de la loutre"), et ce n'est pas l'état de forme gérontocratique des Thuram et Sagnol, ce n'est pas la détente sèche de 30 cm de Coupet, ce n'est pas le réalisme stéphanois 76's revival de Thierry Henry, ce n'est pas le remake de "Casper le petit fantôme" par Malouda, ni les engueulades entre Ribéry et Nasri, qui vont me faire penser le contraire !!
Domenech a tout prévu, le scénario est le suivant : défendre à outrance, jouer le 1-0 dans les arrêts de jeu, prévoir une (logique) victoire des Pays-bas face à la Roumanie, et préparer convenablement le quart face à l'Espagne.
Raymond souhaite partir sur un 4-3-1-1-1 à la France 98 :
- Gardien : dans les cages, un Coupet impérial qui ne laissera rien passer, surtout pas Luca Toni Vairelles
- Défense : Sagnol qui prouve qu'il a retrouvé la forme sur la droite. Abidal qui s'est bien reposé peut enfin retrouver son poste à gauche. Dans l'axe, une paire Squillaci-Thuram qui jouera la carte de la sécurité, de la confiance et de la relance propre.
- Milieu : trois récupérateurs Malouda-Diarra et Gomis (placé sur le côté gauche), et un Anelka en meneur de jeu
- Attaque : Henry en pointe, et Boumsong légèrement décroché qui tourne autour de lui et sert de point de fixation
La France est debout, l'équipe se qualifie à l'arrachée pour les quart de finale. Qui l'eut cru ?? Raymond Domenech ?? Votre serviteur ?? L'Histoire est en marche, et ce n'est pas le Portugal ou l'Autriche qui nous feront douter...
jeudi 12 juin 2008
Suisse, première...
Ce dernier point est relativement mythique : la Suisse et l'Autriche vont réussir l'exploit de se faire éliminer lors du 1er tour dès le 2ème match !!
Jusqu'à présent, cela avait toujours été évité pour les raisons suivantes :
- choix d'un organisateur qui "tient la route" (bonne équipe avec un vrai passé de football)
- public "qui fait la différence" (stade acquis à 90%, pression sur les adversaires et arbitres)
- arbitrage maison abusif (hors jeu non-signalés, expulsions, pénos généreux, décisions sorties de nulle part)
- double protection "maison" : l'organisateur est directement placé dans un groupe défini qui bénéficiera d'un calendrier plus souple, et dans certains cas ne tirera pas les têtes de séries
- obligation financière et morale à ce que l'organisateur aille loin, donc quoiqu'il arrive, il DOIT passer au tour suivant (ne me demandez pas comment...)
Or, ces dernières décennies ont troublé cet état de fait, il devint de moins en moins acquis que les organisateurs allaient sortir des poules, et on eut plus d'une fois très peur qu'ils n'y arrivent pas... Les nouvelles causes étant :
- apparition de la co-organisation qui complique les magouilles (tableaux pas croisés, dates difficilement aménageables, idem pour le tirage au sort...), et augmentation statistique du risque que l'un des deux ne passe pas.
- nivellement du niveau technico-tactique (grosso merdo, en fin de saison tout le monde a le même niveau)
- amélioration de l'arbitrage (voire diminution de la corruption) et développement de la vidéo "a posteriori"
- confiage de l'organisation à des pays plus faibles footbalistiques (voire très faibles)
Les résultats ne furent pas tout le temps à la hauteur pour les organisateurs, pourtant JAMAIS AUCUN n'avait réussi l'exploit de se faire sortir aussi tôt. Le seul exemple historique fut celui de la Belgique qui co-organisa l'Euro 2000 avec la Hollande, et qui malgré un groupe "moyen" (Suède, Italie, Turquie) ne parvint pas à se qualifier, nonobstant une victoire lors du premier match.
Revenons sur certains cas historiques :
- 1994 : Ca y est, c'est la bonne !! Depuis 1930 en coupe du monde, et 1980 à l'Euro (auparavant, il n'y avait pas de tournoi final), aucun pays hôte n'a jamais échoué dès le 1er tour. Les USA sont en course pour être les premiers à réaliser cet exploit. Malheureusement, après avoir pratiqué un plutôt bon football en poule (surtout face à la Suisse et à la Colombie), les Américains ne se font sortir qu'en 8ème de finale face aux futurs champions du monde brésiliens (1-0).
- 1998 : On peut en rire avec le recul, mais ils furent nombreux ceux qui considéraient que la France ne passerait pas le 1er tour ! A l'époque, l'équipe de France multipliait les 0-0, et ce n'est pas l'Afrique du Sud (championne d'Afrique en titre) et l'Arabie Saoudite (auteur d'une très bonne coupe du monde 4 ans auparavant), ni le Danemark, qui allaient nous rassurer ! On pariait sur deux nuls successifs, puis une défaite face aux Danois. Il en fut autrement (malgré un arbitrage-maison qui laissa à l'époque déjà à désirer)
- 2000 : Après sa victoire en match ouverture, on fait raisonnablement confiance à la Belgique qui enchaine pourtant sur deux magnifiques défaites, dont une dernière inoubliable contre la Turquie, la faute à un gardien resté culte (De Wilde - "mais queeeel con !! mais queeeeel con !!")
- 2002 : Corée du Sud ?? Japon ?? Non, mais attendez, si ça passe le 1er tour, je mange un rat ! Et pourtant, 3 gros matchs chacun, et des billets aller simple pour le 2ème tour... Tandis que le Japon n'ira pas plus loin (défaite face à la Turquie, future 3ème), la Corée du Sud, après un superbe match contre une Italie qui ne méritait pas de gagner, passe l'Espagne dans des conditions un peu litigieuses, pour finalement ne se faire sortir qu'en demi-finale face au finaliste allemand.
L'exemple Austro-suisse risque de refroidir d'éventuelles velléités organisationnelles de la part de pays mineurs qui se disaient jusqu'à lors : "let's organisons un Euro ou une coupe du monde, on est sûr d'aller au moins en demi-finale !", juste pour éviter de passer pour des cons, créer des émeutes, ou se ridiculiser à vie. La Pologne et l'Ukraine vont-elle rééditer l'exploit dans 4 ans ?? (à moins que l'Afrique du Sud s'y mette un peu avant)
Bon, malheureusement, 92 minutes plus tard, l'Autriche devra attendre un match de plus pour trépasser...
mercredi 11 juin 2008
La stratégie de la loutre
Nous en sommes là :
- la France ne pouvait pas gagner contre la Roumanie
- la Roumanie ne va pas perdre contre l'Italie
- le 1er du groupe D sera moins fort que le 2ème. Inversement, le 1er de notre groupe et le 2ème du groupe D vont se bouffer le nez (expulsions, blessés, prolongations voire tirs aux buts), rendant la demi-finale une formalité.
- se qualifier difficilement sur un malentendu sera beaucoup plus motivant pour les troupes qu'une qualification trop facile pour les quarts
- mieux vaut du "joga bonito" à partir des playoffs plutôt qu'en poule, tout le monde aura oublié d'ici là
- au bout de 3 matchs, tout le monde connaît les systèmes de jeu de tout le monde. Mieux vaut jouer avec un système de jeu totalement pourri histoire de brouiller les cartes pour ensuite sortir la vraie compo au moment opportun
Voilà ce qui a été prévu :
- 1er match : France - Roumanie 0-0 (ou alors 1-0 sur un but de raccroc)
- 2ème match : France - Pays-bas 0-0
Avant le 3ème match, la France est 2ème avec 2 points, derrière les Pays-bas 4 pts, à égalité avec la Roumanie, et devant l'Italie 1 pts (ces deux dernières ayant fait match nul). Etant donné que les Pays-bas vont battre la Roumanie, il suffit à la France de faire nul 0-0 contre l'Italie pour assurer une qualification sans fatigue pour les quarts de finale.
Astucieux ?? Attendez, ce n'est pas fini...
Groupe D, l'Espagne tue tout sur son passage, empochant 3 victoires en 3 matchs avec leur équipe-type. Le survivant du groupe (Grèce ou Russie) a la haine, il est passé pour un con face aux chorizos, il punira analement son prochain adversaire. Manque de bol, ça tombera sur l'invincible armada hollandaise.
Affolés, les espagnols jouent encore plus l'offensive, et se prennent un but moisi de Henry sur un contre mené par Abidal et Malouda (la honte totale)
Passe à 10 pendant 90 minutes, la France est en demi-finale.
Match suivant contre les Pays-bas sans 8 de leurs titulaires (3 expulsés, 2 en prison, 2 à la morgue, et un sous le coup d'un mandat d'arrêt international). But en contre à la 65ème minute. La frappe dans la lucarne de Govou à la 97ème venant parachever le succès français (8 minutes d'arrêt de jeu suite à la bagarre générale orchestrée par la France pour blesser le dernier joueur hollandais encore valide)
Finale en apothéose contre l'Allemagne ou le Portugal que l'on bat 1-0 sur pénalty.
Et le pire, c'est que c'était déjà écrit depuis des mois.
Mono/Stereotypex
Néanmoins, le français demeure un blagueur gras, une version améliorée légèrement plus intello du beauf de Cabu. Ne pouvant désormais plus s'attaquer aux noirs, aux juifs et aux arabes (respectivement trop "pas gentil", trop politiquement incorrect, trop dangereux), il compte sur le reste du monde pour délivrer son verbe vengeur mais souriant.
Comme en témoigne ce résumé de Russie-Espagne vu à l'instant sur une chaîne hertzienne :
"A leurs dépends, les russes ont appris à danser le Flamenco... Malheureusement, Villa avait laissé son pancho au vestiaire, et a planté une première banderille... Torres servit par son Zapata de Silva..."
J'avoue ne pas avoir écouté la suite. Aurais-je eu droit sur le 4ème but à un "les russes ont avalé leur vodka de travers", ou un "ils ont eu les oreilles et la queue" ?
Finalement, je me suis dit que l'occasion était trop belle... A être un peuple de beauf, autant y aller à fond et donner les clefs théoriques d'une bonne "nalyse" footbalistique au service de clichés confondants de facilité et d'humour
Groupe A :
- Suisse : trop riches, grosses bagnoles, lents, "ou bien", l'or des juifs, neutres (à utiliser pour les 0-0), propre (trop), jaloux de nous.
- Rep. Tchèque : communistes, blagues sur "chèque" (en blanc, sans provision), les Sudètes, blagues sur "check", blagues à rallonges sur le défenseur Jankulowski (occasion de débordements homophobes plaisants), dire 2-3 fois "Tchécoslovaquie" pour leur faire comprendre qu'on les emmerde.
- Portugal : pauvres, poilus, chuintement, carrelage, BTP, radins, poilus, bien insister sur le "a-o" (dont tout le monde sait qu'il se prononce "en" comme dent, gens, sang) - ex: "SimaaaaaO, la selecaaaaO" - poilus, chétifs, femmes poilues, et faire des références émues à Eusébio l'Angolais
- Turquie : Midnight Express, vicieux, döner kebab qui file la chiasse, grosses moustaches, homosexuels actifs, pas européens, mangent des enfants, costauds, fanatiques, violents, même pas européens ! (s'ils vont trop loin dans la compétition)
Groupe B :
- Autriche : nazis, Natacha Kampusch, nuls, Anschluss, Hitler, Jorg Haider, Josef Fritzl, sont tous Allemands
- Croatie : nazis, école yougoslave, tricheurs, tous très techniques comme "Stojkovic", ont découpé des bosniaques à la hache quand ils avaient 11 ans, nazis, Italiens en plus pervers.
- Allemagne : nazis, ultra physiques, frappes de loin, bière, Helmut, Panzer, V2, ennemi héréditaire depuis 1982, RFA/RDA, blagues sur mur de Berlin (si se prennent pas de buts)
- Pologne : communistes, alcooliques, Jean-Paul II, noms imprononçables en Y, W et Z, cathos, poivreaux, Auschwitz, trop de plombiers, putes.
Groupe C :
- France : losers, arrogants, équipe Africaine, gros cons, branleurs, y a que l'entraîneur qui est blanc et encore il a un nom espagnol, n'ont jamais gagné une guerre de leur vie, haï par le monde entier, arrogants, culture moisie.
- Roumanie : communistes, romanichels, SDF, putes, Dracula, Transylvanie, buveurs de sang, Ceausescu, école "yougoslave", ont des noms en "scu" ou "ae", je vous trouve très beau(f), gars estropied au feu rouge avec un écriteau "poure mangé sile vou plé"
- Pays-bas : drogués, ils ne comprennent pas leur propre langue qui s'écrit uniquement avec des J, K, Y, V, W, U et Z, un peu nazis, fument plein de drogue, putes dans les vitrines, touristes en camping car, Dave, bière, orange (blagues sur le fruit ou la compagnie de téléphone - ex: "personne ne répond..." ou "oranges trop pressés"), sabots, moulins, cocaïne, finir sur le fait qu'on ne voit pas trop la différence entre eux et la Belgique.
- Italiens : tricheurs, pizza, truqueurs, pasta della mamma, raviolis, Mafia, ultra défensifs, fascistes, macaronis, machos, ne font que des 0-0, Mussolini, parlent forts et avec les mains, frimeurs, lunettes de soleil, salopes qui couchent pas, Vespa, simulateurs, gel dans les cheveux, défendent à 14, corrompus.
Groupe D :
- Espagne : corrida, flamenco, petits, très bruns, nuques longues, soleil, tapas, fête toute l'année, rappeler que l'espagnol est "fier et orgueilleux" et qu'il aime son pays (jamais entendu parler de la Catalogne ou du Pays basque...), machina, Ibiza, on peut aussi rajouter les blagues sur le Mexique (quelle différence après tout ?) : tacos, aztèques, sombrero, tortilla, pépitos...
- Suède : blonds, ABBA, films pornos, viking, grands avec des moustaches, ont des noms en "-son", vaguement satanistes ou goth, se mettent sur la gueule à l'entraînement, sortent avec des mannequins, Ikea, Ericsson, Nokia, Krisprolls, Häagen Dazs
- Russie : communistes, vodka, bombe atomique, URSS (dire le plus possible : "soviétique" au lieu de "russe"), tuent des ours à mains nues, mafia, Poutine, alcooliques, pétrole, gaz, putes, très cruels, Staline, Pravda, revenir systématiquement sur le fait qu'ils font peur même si on ne sait pas trop si c'est physiquement, footbalistiquement ou géopolitiquement.
- Grèce : homosexuels, houmous, Platon et les autres philosophes pédérastes, ouzo, pédés, blagues sur "graisse", supporters violents, sodomites, huile d'olive, supporters violents et sodomites, Sparte, noms en kis ou kos, Nana Mouskouri, Nikos Aliagas, Demis Roussos, blague sur Hellas/Hélas! et sur Hellènes/Hélène (et les garçons), ne pas oublier d'en rajouter une couche sur l'homosexualité et souligner qu'en plus ils sont tous gays.
Je crois qu'on a fait le tour de la question...
dimanche 14 octobre 2007
« La faute à pas de chance », quand l’analyse tactique ne suffit plus...
Benoît n’était pas censé être là hier soir. Pauline m’a prévenu à la dernière minute : « Désolé, mais je suis tombé sur lui à Bastille cet aprèm, j’étais obligé de lui proposer ». Mais bordel de merde !! Pas pour une demi-finale de Coupe du Monde de Rugby face aux anglais !!
Benoît est le prototype du casse-couilles dilettante, le copain surréaliste capable du pire comme du moins pire. Le type dont on ne cesse en son absence de vanter les mérites, mais dont la seule présence suffit à la consternation générale.
J’ai rencontré Benoît en 4ème, il venait de déménager d’on ne sait plus où (passons). Il était le seul de mes amis à ne pas savoir que l’OM venait de remporter quelques mois plus tôt la Coupe d’Europe contre le grand Milan AC des Maldini, Van Basten, Baresi, des noms qui évoquaient tellement pour nous, mais aussi peu qu’un joueur de squash de troisième zone pour notre pauvre compagnon.
D’aussi loin que je me souvienne, sa passion débordante pour le foot commença le 13 octobre 1993, lors d’une soirée « bière & chips » passée devant le match face à Israël. Un mois après, c’était pratiquement officiel, Benoît venait, sans le savoir, de réaliser son premier doublé. Sa passion pour ce nouveau sport demeura intacte en même temps que la descente aux enfers de la France se poursuivait. Son point d’orgue fut incontestablement l’Euro anglais de 1996, un modèle de football champagne. Le penalty raté de Pedros était la coïncidence de trop. Ce n’était alors plus un secret pour personne, Benoît était devenu en l’espace de quelques années un acteur majeur du sport français. Leurs destins seraient dorénavant liés à tout jamais.
Fort de lointaines origines italiennes, Benoît décida benoîtement (si je puis dire) de soutenir, dans l’indifférence générale, la « nazionale », lors de la Coupe du Monde 1998. On pourra lui reprocher beaucoup de choses, mais pas d’être de nature infidèle, c’est ainsi qu’il récidiva lors de l’Euro 2000, bien qu’il ne put voir la demi-finale face aux Pays-bas, la faute à un sabotage de l’antenne télé par des indépendantistes savoyards.
Devant la pression exercée par sa communauté estudiantine, il vira de bord. 2002 fut alors placée sous le signe de l’équipe de France. Et c’est avec une fierté, empreinte d’une pointe de moquerie, que nous emmenâmes Benoît à l’écran géant voir ce qui devenait alors « son » France-Sénégal. Pourtant les premières polémiques survinrent lors de la rencontre face à l’Uruguay lorsque notre camarade, retardé par un embouteillage, surgit juste au moment de l’expulsion de Henry. Les « mais d’où y débarque, lui ? » et autres remontrances firent place à la calomnie, au doute, et deux ans plus tard, dès le coup de sifflet final de France-Grèce, un début de chasse aux sorcières s’orchestra.
Ils ne furent pas nombreux ceux qui tentèrent de le ramener à la raison : « Pour moi, le foot, c’est fini ! » sonnait comme définitif, irrévocable. Il avait trop donné, on lui avait trop peu rendu. C’est ainsi que Benoît se tint à distance respectable du parcours français en Coupe du Monde 2006, on ne l’y prendrait plus. Pourtant, à mesure que les tours passaient, que les victoires s’enchaînaient, l’élan collectif emportait tout sur son passage. Son grand retour était en marche, il l’aurait sa revanche. C’est à Berlin, contre son Italie éternelle reniée pour toujours, que l’Histoire lui donnerait enfin raison.
Sinon, on ne peut pas vraiment lui tenir rigueur que la demi-finale France-Angleterre de 2003 fut le premier match de rugby qu’il vit de son existence, Michalak était bien présent sur le terrain, les torts étaient donc plus que partagés. C’est néanmoins avec une légère d’appréhension que nous laissâmes Benoît se joindre à nous pour le match d’ouverture de la Coupe du Monde de Rugby : « Contre l’Argentine, c’est IN-RA-TABLE » ne cessait-il de répéter.
Perdu de vue les semaines suivantes, je n’eus seulement droit qu’à un e-mail avant les quarts : « Ca donne quoi les matchs ?? J’ai pas pu les mater, je finis tous les jours à 23h », qui fleurait bon les lendemains qui chantent. Et là, le drame. Alors qu’il tournait pourtant bien, Benoît avait décidé de réintégrer l’effectif à l’occasion des matchs couperets. L’essai néo-zélandais en début de partie sonnait le glas, c’en était terminé. Mais contre toute attente, notre coéquipier sonna la révolte par un coup de génie tactique qui lui avait toujours manqué dans les moments cruciaux, décidant subitement de partir au Mc Do en plein milieu de la 2ème période. Ce moment de folie allait renverser pour toujours le destin d’un XV de France déjà perdant, auquel seul un individu opiniâtre, prêt à laver les affronts du passé, avait cru jusqu’au bout.
L’exploit allait-il donc être réitéré face à l’Angleterre ? J’en doutais, trop conservateur dans mes choix tactiques, peu disposé à admettre qu’on pouvait piéger deux fois d’affilée nos adversaires, cependant sa côte de crédibilité était au plus haut, et bénéficiant d’un retour en grâce légitime, les dés étaient jetés . Ce soir, Benoît serait titulaire en demi-finale. Sa mission était claire : amener les boissons et quelques paquets de chips.
Moins de 24 heures après, l’amertume de la défaite coule toujours dans ma gorge, malgré cela je reste lucide. Le sport reste ainsi fait, les grandes victoires découlant des grandes défaites, et inversement. Et puis, il faut raison garder, ce n’était que du sport après tout.
En effet, pour Benoît, spectateur régulier et enthousiaste de l’événement, le summum fut indubitablement atteint les 22 avril et 6 mai dernier lors des soirées électorales des élections Présidentielles…
vendredi 28 septembre 2007
« Gangs of Paname ». De la sécurité dans les stades de la région parisienne
Genèse d'un conflit générationnel latent
Tout a commencé dans les médias il y a quelques temps lorsque « le Parisien » rapportait des incidents en tribunes lors d’un banal match entre Montreuil et Moissy-Cramayel comptant pour la 6ème journée de DH. « De là, c’est parti grave en couilles !! On a continué à se fritter jusqu’à la Gare de Lyon ». Apparaissait alors au su et au vu de tous deux termes aujourd’hui synonyme de peur et d’insécurité maximale : les «GDH» pour Gang de la Huchette (ou Grand Doigt d’Honneur), et les «Ménil Mafia» (ou Ménilmuche Mafia). Deux bandes rivales qu’a priori tout rassemble mais qu’au final tout sépare.
Il est étonnant de constater que deux groupes aussi proches socialement puissent à ce point semer le désordre dans les rues et enceintes sportives de la capitale. On les retrouve souvent au Camp des Loges pour les matchs de la réserve parisienne, mais aussi à Charlety, au Parc des Princes « pour les matchs de coupe de la Ligue ! », voire lors de certains déplacements en province (notamment à Versailles, Créteil, Evry, St Germain-en-Laye)
De nombreux sociologues se sont mis à analyser le phénomène, tel Pierre Mignac de Paris VI : « On voit pour la première fois des bandes de jeunes de type racial ouvertement défini se regrouper entre eux, exclusivement guidés par un sentiment de haine envers tout autre forme d’individus. Ils vont dans les stades uniquement pour exprimer leur violence et leur mal-être d’avoir été mis au ban de la société suite à la politique socialiste d’urbanisme des années 80 ».
Les faits sont alarmants. Y aurait-il « fracture » entre ses jeunes « blancs » et le reste de la population ? « Ils ne sont pas si différents de nous », tempère le capitaine Laurent Vissel, chargé du dossier par la préfecture de police, suite aux événements du 28 juin dernier lorsqu’un membre des Ménil Mafia aurait planté une fourchette en plastique dans l’œil d’un GDH, après un match amical entre le PSG et Mont-de-Marsan, véritable point de départ du conflit ouvert entre ces bandes. Mais le talion demeure, et trop souvent la sentence de la rue tombe :
« Quand un de nos frères tombe au combat, c’est un de leurs frères qui doit payer, c’est la règle du milieu, t’entends ? ».
Une vérité qui déroute, une de trop
Niveau culturel et scolaire, les deux gangs partagent de nombreux points communs. Généralement issus de lycées « à problèmes » délaissés par le système éducatif tels que Louis Le Grand, Henri IV et Janson de Sailly, ils ne se retrouvent que très rarement dans l’idéal parental, et ont une idée diffuse de ce qu’est la politique : « Ceux qui sont majeurs dans le gang, là, ils ont voté pour Sarkozy, obligé !! Son profile myspace déchire tout, il a mis un gif animé brutal en première page et puis il supporte le PSG ! Alors que l’autre bouffonne de l’UDF (sic), Ségopouffe, là, son blog, c’est de la merde ». Dans leur baladeurs mp3, pratiquement toujours le même style de musique (probablement piraté sur internet), de « l’émo-core », du « postpunk », et de nombreux autres groupes britanniques faisant généralement l’apologie d’une certaine violence urbaine, d’une sexualité désuète et du désenchantement propre à cette deuxième « génération X ». L’accoutrement vestimentaire fait aussi partie du bagage de la peur, et il n’est pas rare de reconnaitre un membre des GDH ou des Ménil Mafia dans les rues de Paris à son jean slim, sa veste fashion directement achetée à Londres, sa chemise en soie de grande marque, ses obligatoires « Converses », ses lunettes trop grandes pour lui, et sa coupe de cheveux dernière mode mélange entre une frange permanentée et un décalage capillaire « nuqué » à la Rudi Völler. Un accoutrement qui à défaut de provoquer un début d'érection, provoque néanmoins un émoi légitime lors d'une malencontreuse entrevue.
Le phénomène est assez comparable à ceux rencontrés dans les années 90 entre supporters de la réserve de Chelsea et de celle de Tottenham, celui-ci est-il irrémédiablement amené à faire tâche d’huile en France ? Le capitaine Vissel infirme « non, ce n’est pas pareil bien que les milieux sociaux incriminées soient les mêmes. Les incidents ont tendance à rester aux portes de la Ligue 2, ne touchant que les divisions inférieures, notamment la CFA ». C’est ainsi qu’au cours d’un match entre PSG réserve et Villemomble, on assista à une charge des Ménil Mafia contre leurs rivaux, ils seraient venus venger l’un des leurs qui aurait été poussé dans le bus par un individu identifié comme étant un GDH. Bilan : 3 blessés légers et un doigt retourné, ainsi que plusieurs briquets et stylos retrouvés sur les lieux ou confisqués aux principaux intéressés. M. Vissel de rajouter : « La préfecture de police est sur les dents ! L’autre jour, mon supérieur a même reçu un coup de fil hystérique de Alliot-Marie, elle veut des résultats avant les municipales de l’an prochain, mais on n’y peut rien, nous ! Ils sont trop bien organisés, ont toujours un coup d’avance sur nous ». Des points d’ombres persistent pourtant dans cette histoire. Les leaders sont clairement identifiés par les services de police, de même que les faits qui leur sont reprochés. Pourtant, un certain laxisme « en haut lieu » perturbe, et des premiers soupçons viennent troubler les personnes chargées du dossier, tel qu’un policier qui nous parle sous couvert d’anonymat : « Les individus susnommés derechef sont libérés moins de quelques heures après chaque interpellation ! On dirait que quelqu’un fait tout pour laisser pourrir la situation en les faisant libérer systématiquement, ou pire, est dans le coup ! Comment vous voulez qu’on fasse après ? On n’y peut rien, nous ! Ils sont trop bien organisés… un peu comme s’ils avaient toujours un coup d’avance sur nous ». Accablant.
Quant au milieu du foot, il semble serein. Jean-Pierre Escallettes nous affirmant avec son parler bien à lui : « c’est pas deux pékins qui vont nous faire peur ! Ne demandez pas à la FFF de résoudre un truc pareil, c’est le boulot des flics. J’en ai déjà assez avec Aulas qui me casse les couilles pour m’occuper en plus d’une bande de dégénérés ». Les responsabilités sont donc rejetées.
Vers un début de solution ?
Non...